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Les silhouettes aperçues dans les
défilés sont souvent les mêmes : des corps tantôt
décharnés portant les stigmates de frustrations alimentaires,
tantôt juvéniles révélant, de fait, le très
jeune âge des mannequins. Ces presque femmes sans formes ni courbes
nous rappellent sans cesse l’enfant éternel dont nous avons
peine à nous séparer, d’autant plus que la tendance
- à la mode ! - nous pousse ostensiblement à la régression…Et
c’est là toute l’ambiguïté du milieu. Vendre
du signifiant sexuel à travers des créations exacerbant
le féminin par le biais de tenues audacieuses, extravagantes, impudiques
sur des icônes androïdes aux membres filiformes, rappelant
plus la prépubère que la femme fatale. Le culte de la jeunesse
- très en vogue ces derniers temps ! - éveille des passions
aliénantes telles que filles et mères s’enferment
dans un cercle identificatoire dangereux. D’ailleurs, leur mise
en scène dans une marque de vêtement joue souvent sur la
confusion qui est la mère, qui est la fille ?, l’une et l’autre
pouvant s’échanger leurs fringues à loisir, échappant
à un certain ordre biologique. Le vintage tutoie la mélancolie.
Le mannequin devient une poupée que l’on va habiller et déshabiller
à loisir, selon des fantasmes non assouvis. Jamais les vêtements n’ont été aussi transparents, les matières aussi légères, les décolletés aussi plongeants. Jamais les bustes n’ont autant dévoilé les os là où la chair devrait s’épanouir. Est-ce l’abondance de nourriture qui tue à ce point le plaisir quand on sait que jadis, la graisse constituait une enveloppe rassurante ? Quid de l’angoisse du manque, angoisse profondément ancrée dans l’inconscient collectif, angoisse originelle et millénaire qui semble enfouie au plus profond de ces corps étroits ? Despote d’un corps-écran,
d’un corps étranger au Moi, d’un corps éclaté
qui, dans son fantasme, appartient à la mère, la jeune fille
signifie sa spécificité corporelle tout en rejetant le corps
maternel. La mode sert alors d’alibi à une pseudo-féminité
dont elle va inconsciemment se défendre : je ne grandirai plus,
je suis dans un fantasme de toute-puissance puisque je refuse tout apport
de nourriture.
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