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Je n'ai pas rencontré le
prince charmant,
et c'est bien mieux comme ça
!
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Les contes de fées ont toujours tenu une place
importante dans l’imaginaire des petites filles. Bercées
dès le plus jeune âge par le mythe du Prince Charmant, ces
fillettes devenues femmes en conservent la trace ineffable qui participera
au choix du partenaire masculin. Mais force est de constater qu’une
union bâtie sur un idéal n’est guère fructueuse,
elle est même garante de frustrations. Et si les névroses
s’attirent et se complètent, l’image d’Epinal
du Prince Charmant ne dupe plus certaines célibataires endurcies.
Bravant l’ordre social qui fait de la vie conjugale et du mariage
des standards de normalité, la femme moderne ne tergiverse plus
entre velléités d’indépendance et dévotion
secrète au modèle familial. Comme dit l’adage : «
Mieux vaut seule que mal accompagnée ! »
Est-ce à dire que les heureuses en ménage se contentent
du peu et que les célibataires sont des dures à cuire ?
La seule idée de célibat
semble intolérable au regard de la société : il apparaît
même à contre-nature. Il n’y a qu’à voir
comment les pauvres esseulées qui sont d’ailleurs montrées
du doigt, doivent se plier aux rencontres arrangées par la famille
ou les amis désespérés de tant d’anticonformisme.
Alors ils cherchent chaussure à son pied, afin qu’elle puisse
accomplir l’obligation matrimoniale… Comme si l’injonction
à être heureux devait d’abord passer par la vie à
deux.
Mais au juste, qu’est
ce qu’un Prince Charmant ?
Difficile de donner une définition, évidemment, puisqu’il
n’est qu’une incarnation de la figure masculine, une sorte
de morphing qui, comme au cinéma, se transformerait continuellement
selon les attentes des unes et des autres. Il peut être tour à
tour blond, grand, musculeux, cérébral, marrant ou autoritaire,
paternaliste ou voyou. Mais les multiples facettes qu’il revêt
dans le fantasme des femmes ne sont jamais dues au hasard. A chacune d’élire
le Prince de ses rêves, à chacune de le faire choir de son
cheval blanc, selon ses espoirs, aspirations, désirs mais aussi
failles et incertitudes. Il devient alors le prince compensateur dans
un scénario imaginaire où le quotidien frôle l’extraordinaire…
Car la quête du Prince Charmant s’accompagne des notions d’amour
unique, absolu, pur, éternel, parfait qui arrachent de la plate
banalité pour emmener vers un ailleurs merveilleux. Un monde meilleur
en quelque sorte, épargné des vicissitudes bassement matérielles…
L’indéfectibilité des sentiments existant entre Tristan
et Iseult révèle la nature subversive de l’Amour :
nourris de cet élan jusqu’à l’isolement social,
ils en arrivent à se désinvestir du monde réel. C’est
bien connu : les amoureux sont seuls au monde ! Mais vivre d’amour
et d’eau fraîche ne suffit qu’un temps : les matins
déchantent et le vrai visage de l’être adoré
finit par se découvrir. Ce qui n’empêche pas certaines
optimistes de continuer leurs ( leurres ) doux rêves d’amour
idylliques.
Cathy raconte ses désillusions
: « A 49 ans, après deux divorces, quelques aventures malheureuses
et une analyse, j’ai enfin compris que j’en demandais trop
dans mon couple. Je voulais absolument retrouver l’homme parfait
que représentait mon père dans mes yeux de fillette, cet
homme formidable qui me gâtait et me faisait rire. Aujourd’hui,
je ne suis plus en attente de l’autre : soit je l’accepte
comme il est, soit je pars. Et c’est une libération pour
moi. »
L ’idée d’un amour inconditionnel
alimente l’état fusionnel narré dans les contes. Et
cela s’origine même dans les croyances religieuses catholiques
qui font naître les deux sexes d’une seule matière…
Mais c’est un amour personnifié sous les traits d’un
idéal stéréotypé sans figure ni même
identité sexuelle. Car les compétences du valeureux s’arrêtent
souvent à des qualités d’écoute, de réconfort,
de complicité, de générosité et de tendresse
qui révèlent la femme, soumise à un processus de
séduction, à elle-même. Miroir, mon beau miroir…
Car la femme, dans son principe féminin passif et intériorisé,
se plie davantage au rêve et à l’imaginaire, subissant
ancestralement le désir de l’homme censé faire d’elle
femme, épouse et mère. Pourtant, il semblerait que les pulsions
sexuelles ne soient guère mises en avant dans ce scénario
infantile, souvent oedipien, le fameux prince aux allures héroïques
se parant de mille vertus… Il n’y a qu’à écouter
le discours des petites filles à propos de leur future vie de femme
ou être attentif à leur jeu à la poupée : l’homme
rêvé occupe toujours en secret une place prépondérante
! Encore aujourd’hui, les trentenaires célibataires espèrent
toujours rencontrer, lors d’une soirée, celui qui va bouleverser
leurs vies sur fond de refrain « un jour, mon prince viendra »…
Il existe un concept de la féminité comme il en existe un
de la virilité dans lequel le rôle de chacun semble ancré
et figé dans le collectif. Or, personne ne peut être un archétype,
cela aboutirait à une rigidité sclérosante. L’amour
romance répond à une libido féminine qui sépare
corps et cœur, désir et amour, s’opposant à l’agir
masculin. A nous d’équilibrer nos imagos afin d’être,
comme le spécifient les chinois, à la fois Yin et Yang,
douceur et force, passif et actif… quand cela le nécessite
!
Je n’ai pas rencontré le
Prince Charmant ? Ouf, c’est finalement bien mieux comme ça
! Point d’idéal, point d’étayage pathologique,
point de miroir compatissant sinon celui que l’on accepte de voir
sans détour. Donc point d’attente ni de déception.
Au contraire, l’acquisition de la maturité pulsionnelle permet
d’entrer de plein pied dans un principe de réalité.
La plus grande sagesse ne réside t-elle pas dans le renoncement
à l’objet d’amour ? Ne serait-ce pas là, justement,
le secret de la réussite des couples ? A trop vouloir rechercher
sa moitié, ne risque-t-on pas de passer à côté
de mille opportunités, de mille paysages différents ? Et
si l’on faisait du célibat un art de vivre, une volonté
d’indépendance et de réalisation de soi ? 
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