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Stop à la communication qui "tu"
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On nous l’assène dans tous les
sens : la communication est INDISPENSABLE. Pour réussir notre
couple, pour l’épanouissement des enfants ou pour le bon
fonctionnement d’une entreprise. Sans elle, le non-dit s’installe
et avec celui-ci, un flot de conflits, d’incompréhensions,
de maux, à défaut de mots, nous submerge. Le doigt accusateur
pointe sur nous la sentence fatale : handicapé de la communication.
Alors voilà, afin d’échapper au mutisme qui pourrait
s’emparer de notre petite personne, nous essayons tant bien que
mal d’utiliser la communication, sésame de toute relation
saine, fiers que nous sommes de ne pas laisser une situation s’enliser,
quelle qu’elle soit. Ainsi, à un conjoint, enfant, parent,
ami, collègue ou voisin, pour éviter de taire, nous disons
les choses. Mais peut-être mal.
Car bien souvent, ce sont des reproches qui fusent comme des lames affûtées,
lancées au hasard de notre colère, de notre agressivité,
de notre haine, même, qui attaquent notre interlocuteur blessé.
C’est la communication qui tu, qui tue, qui tait, une communication
stérile, à sens unique, ni constructive ni évolutive.
Comment dès lors, éviter le piège d’un dialogue
de sourds ?
C’est au quotidien que se mettent
en scène les mécanismes répétitifs d’une
mauvaise communication. Sans même nous en apercevoir, nous sommes
soumis à des réflexes conditionnés, à des
réponses toutes faites, à des préjugés qui
nous dégagent de toute réflexion ou de toute responsabilité,
attribuant aisément la faute à l’autre. L’homme
a une propension naturelle à se défendre, quelquefois de
façon caricaturale, et ce dès le plus jeune âge. «
C’est pas moi qui a fait la bêtise, c’est ma main »,
se justifiait un petit garçon de trois ans. Une des difficultés
de l’être humain est probablement d’admettre ses erreurs
tout en se trouvant des circonstances atténuantes. C’est
la porte ouverte aux justifications, rationalisations et intellectualisations
diverses, qui bien que valables au niveau conscient, ne semblent représenter
qu’un infime ersatz de la réalité… Alors, pour
ne pas nous impliquer dans la moindre remise en cause, jugée trop
inconfortable, nous "chargeons la mule" : l’autre, notre
face à face, devient l’écran de nos projections, de
nos incapacités, failles, doutes, souffrances… Le tout déversé
sans pudeur et à la hâte sur celui qui est devenu bouc émissaire.
« A cause de toi, j’ai gâché ma vie ».
« Tu m’as empêché de me réaliser ».
« Tu devrais être plus tolérant »…L’injonction
peut prendre la forme d’un conseil et il s’agit souvent d’une
vérité dite pour le bien de l’autre mais en fait,
elle le mitraille tout autant qu’elle nous soulage. Ainsi, il peut
y avoir une satisfaction immédiate ( le ça est alors aux
commandes), une jouissance à se débarrasser de quelques
affects encombrants, qui, ponctuellement déchargés, ne nous
appartiennent plus… en apparence !
Il se trouve que ce genre de parole reste le meilleur moyen de renforcer
le conflit et les sentiments d’agressivité qu’il véhicule.
L’esprit partisan, une position individualiste narcissique ( «
Je sais que j’ai raison ») alimente le goût de la polémique,
instaurant un rapport malsain entre un dominant et un dominé, animant
des complexes ambigus, notamment d’infériorité / supériorité.
Cette mauvaise qualité de communication, lorsqu’elle sert
le support de la subjectivité et révèle nos névroses,
réveille des pulsions de mort latentes plus qu’elle ne prône
le sentiment d’amour. Nos phrases assassines dépassent souvent
largement notre pensée, et, poussés par une véhémence
exaspérée, laminent la soi-disant source de notre involution.
Car c’est toujours la faute à l’autre, le responsable,
et comme le dit la chansonnette « C’est la faute à
Voltaire »…
Le "tu"
est bel et bien destructeur puisqu’il ne laisse au bourreau ( désigné
par nous-mêmes, pauvres victimes) que peu d’issue : attaqué,
menacé, agressé, démuni, il ne peut que rétorquer.
Tout autant que le non-dit, le mal dit ou le mal à dire enferme
l’échange dans une spirale infernale, pauvre, réductrice.
Cette parole-là sépare, divise plus qu’elle ne fait
évoluer car en ce sens, elle n’est pas pleine, ni ouverte
et encore moins créatrice. La justification comme l’accusation
n’ouvrent pas de voie salvatrice. Au contraire, le "tu"
est intrusif et sans réelle efficacité, si ce n’est
à nous désolidariser de nous-mêmes et de nos propres
émotions. Le "tu" nous propulse dans un jugement subjectif
normatif : on parle de l’autre au lieu de parler de nous-mêmes.
Il est le lieu de toutes les ambiguïtés et des erreurs de
perception. Or, le piège consiste à ne pas se projeter dans
l’autre, à ne pas être à sa place. On retrouve
ici la métaphore de la paille et de la poutre : il est tellement
plus facile de voir chez autrui ce qui nous gêne profondément
!
La communication devrait être un terrain d’échanges,
non de revendications…C’est justement là que se déploie
toute la complexité du langage : comment s’en servir quand
on sait qu’il peut être une arme redoutable pour "dégommer"
l’autre ? Comment dire le "quant à soi" afin de
ne pas dénoncer l’autre à tort et à travers
? Comment encore sortir de cet état confus qui nie les différences
au point d’imposer à l’autre sa propre vision du monde
?
Savoir communiquer, c’est, outre la fonction de parler et celle
d’écouter, savoir être. Au delà des capacités
oratoires de chacun, la communication nécessite de la compréhension,
de la réflexion, de l’analyse. Lorsqu’une situation,
qu’elle soit ou non conflictuelle, touche un affect, il est toujours
intéressant de comprendre en quoi elle nous atteint.
A trop employer le "tu", on en oublie le "je", c’est-à-dire
notre position individuée et engagée de sujet désirant.
Nous quittons alors le domaine illusoire de la victimisation, de la déculpabilisation
afin d’entamer une relation qualitative. La véritable responsabilisation
( "je prends en charge ce que je ressens") désamorce
le conflit puisque la communication sert à faire partager, à
transmettre, à être en lien avec. Dire à son mari
« Ma journée au boulot a été très éprouvante
; cela me soulagerait si tu me donnais un coup de main » passe mieux
qu’un « Tu pourrais m’aider au lieu de lire ton journal
»…
Le "Je" offre la possibilité de poser et mes limites,
et ma différence et avec elles, la reconnaissance de l’autre.
Ce sont des règles simples à appliquer qui permettent de
rompre avec un langage discriminatoire au profit d’un vrai dialogue
humanisant. En partageant nos frustrations, nos peines, en les mettant
en forme par l’expression de nos idées, nous puisons en notre
être intérieur des ressources inépuisables bénéfiques
à toute relation. 
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