Elles font des bébés toutes seules

 

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Elles sont de plus en plus nombreuses à procréer en solo. Les avancées médicales ont révolutionné la structure familiale. Le divorce, quant à lui, a modifié la culture du couple. Bref, 2006 est, plus que jamais, à l'heure de la famille monoparentale. Sur la touche, les hommes ne servent souvent qu'à fournir leur semence fécondatrice pour le bonheur des célibataires endurcies qui comptent bien gérer toutes seules leur grossesse et leur progéniture.

Petit rappel historique. La femme accède à la maîtrise de sa fécondité par la pilule contraceptive : celle-ci est autorisée en 1967, puis remboursée en 1974. Parallèlement, le divorce est formalisé et avec lui, l'apogée de la décomposition du noyau familial. Les repères traditionnels ne sont plus. La possibilité biologique de faire un enfant sans père devient un droit guidé par les progrès phénoménaux de la génétique. On se rappelle tous et toutes de Louise Brown, premier bébé éprouvette dans le monde, qui pointe le bout de son nez en 1978, suivi de bien d'autres. Insémination artificielle, fécondation in vitro, embryons congelés, donneurs de spermes anonymes... La science-fiction nous rattrape à grands pas et Huxley fut bien visionnaire : bientôt le meilleur des mondes?

L'enfant, substitut phallique
« Elle a fait un bébé toute seule », chantait Goldman dans les années 80... Grand thème de société ! Les principes d'un schéma de vie classique bousculés, la gent féminine réclame vie professionnelle et souhaite avant tout faire carrière : c'est l'ère de la business woman, de la working girl, qui s'assume dans ses moindres désirs. Jusque dans l'impensable : se passer de l'homme !
L'émancipation a donné à la femme un pouvoir énorme : elle est devenue libre de dissocier désir sexuel et désir d'enfant. Consacrée à son travail, la femme active se réveille soudainement, tourmentée par sa fameuse « horloge biologique », angoisse du temps oblige, et réalise qu'il est l'heure, pour elle, d'avoir un enfant. Sans compagnon. Celui-ci viendra peut-être après... Ainsi parle Sabrina : J'ai appris que la fécondité féminine décroissait à partir de 35 ans et je me suis dit qu'il fallait s'y mettre... Le désir d'enfant prend alors la place de l'enfant lui-même. Il n'est plus ce petit être né de l'amour entre un homme et une femme ; il est écran de tous les désirs et de toutes les frustrations d'une personne. D'autant qu'il est bien évident que ces femmes le font pour elles, comme un substitut phallique. C'est un rêve d'enfant, pour combler les manques, pallier les peurs, surmonter la solitude. L'enfant à venir est alors l'objet de satisfaction qui assouvirait un narcissisme bancal, une image défaillante. C'est dans un besoin urgent d'exercer une maternité que le choix se fait. Ainsi, l'envahissement est tel qu'elles ne peuvent envisager le manque de l'enfant, niant toute difficulté de l'élever seules. Car souvent, point de figure masculine dans l'entourage.

Quelle place pour le père ? Quelle place pour l'enfant ?
En règle générale, il s'agit de femmes qui s'approprient leur bébé au point que le lien filial a vite fait de se transformer fantasmatiquement en lien conjugal, la mère et l'enfant formant un véritable petit couple. Le développement psychosexuel de l'enfant peut s'en trouver perturbé s'il ne connaît pas de schème identificatoire masculin suffisant pour l'initier au monde social et culturel, transmetteur important de différenciation et de limites. Dans ces cas, quid de la référence paternelle, de l'ordre et de la loi, devant la toute-puissance maternelle? Depuis que la loi du 1er janvier 2005 a autorisé les femmes à transmettre leur nom à leurs enfants, on se demande avec effroi à quoi vont bien pouvoir servir les hommes d'ici quelques décennies ! De quoi donner du fil à retordre aux généalogistes...
Il n'existe pas de droit pour mettre au monde un enfant mais seulement l'idée, le projet, de donner à l'humanité un être de désir. Ceci, dans le meilleur des cas ! Or, chez la femme-enfant, la priorité d'enfant est première par rapport à celle de rencontrer un compagnon de vie... Face à cet ordre inversé, ces futures mamans ont vite fait de rationaliser leurs échanges amoureux tumultueux : soit elles n'ont plus le temps de trouver un mari, soit elles considèrent que l'homme, potentiellement et de nos jours, n'est pas à la hauteur ! S'agirait-il, comme le précisait le chanteur, d'une « démission programmée des hommes... dans ces années un peu folles où les papas n'étaient plus à la mode ? ». En s'appropriant la procréation, certaines femmes s'approprient le désir même de l'enfant, laissant peu de place au sujet désirant. L'intention de mettre un bébé au monde devient une obsession pathologique à mettre un terme à une position de femme, d'épouse, pour rencontrer celle de mère. C'est un besoin narcissique par lequel elles se confrontent à leur propre mère.
Une grossesse devrait être un désir partagé par le couple, qui s'inscrit en tant que parents dans la lignée des leurs. L'homme, par son désir sexuel, engage sa responsabilité : l'acte sexuel est signifiant d'un don symbolique. La reproduction « naturelle » (!) soulève la question de la différence des sexes. Or la volonté, consciente ou inconsciente, d'absence de participation rompt l'alliance avec l'homme, terrasse sa part de procréation et annihile son attribution. A cet égard, Jacques Lacan rappelait qu'une carence paternelle formait « la grande névrose contemporaine» et que le Nom-du-Père, pathétiquement remplacé par «nommé à », dégradait la fonction paternelle, privant l'enfant, dans sa construction, du « non » indispensable pour tuer la mère qui se veut et se fait autant toute-puissante qu'insuffisante... Et puis, est-il utile de rappeler que, pour l'inconscient collectif, si la mère protège l'enfant de l'intérieur, celui-ci a besoin que son père le protège de l'extérieur...


Que vont devenir les pères?
Mesdemoiselles, si vous n'y prenez garde, les hommes seront de plus en plus machos ! Si vous trouvez ce constat pessimiste, vous vous trompez. C'est ce qu'indique une enquête canadienne, effectuée en janvier 2006, auprès d'une population uniquement masculine. Il en ressort que les hommes en ont marre d'être une véritable banque de sperme ! Et ils ont bien raison de crier gare. Sur 1102 messieurs interrogés (entre 18 et 45 ans compte tenu de la spécificité de ces statistiques), le sondage met en exergue une agressivité latente 807 se disent très en colère vis-à-vis de ces mères qui raptent leur enfant, se sentant prêts à riposter par n'importe quel moyen pour récupérer un rôle indispensable de père — 288 s'avouent abusés et dépassés face à un phénomène massif de femmes qui font du chantage à l'enfant — 5 constatent leur impuissance devant ces mères qui nient tout bonnement la fonction paternelle — 2 sont sans avis... En revanche, sur les 1100 ayant livré leur point de vue, tous libèrent leur envie de durcir ton et attitude face à ces femmes qui bénéficient, selon eux, d'une protection discutable d'une loi sans discernement et qu'ils n'hésitent pas à taxer d'hystériques...
Cette analyse a de quoi faire frémir. À la gent féminine de ne pas oublier qu'elle se doit, physiologiquement parlant, d'être dans l'accueil...

Texte publié dans le numéro n°32, Mai-Juin 2006, de Signes & Sens Magazine