Quand divorcer guérit

 

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On se marie pour la vie. C’est du moins ce que l’on espère quand on se dit "oui". Oui à l’engagement, à la fidélité, à l’amour toujours, au partage du pire comme du meilleur….Mais lorsque le quotidien nous confronte à l’impossible promesse et que l’on se heurte à un mur d’incompréhensions, le divorce semble apparaître comme la seule issue salvatrice pour chacun.

Le mot "divorce" est probablement un des mots les plus laids de la langue Française. Mais il doit certainement l’être aussi dans les autres langues ! Et pour cause : il évoque la rupture, l’échec, la dissolution même de la vie commune. Il sonne comme un couperet qui s’abat sur le couple et le déchire, disloquant ses projets, balayant tout un pan de son histoire commune.
Aujourd’hui, s’il est banalisé - 1 couple sur 3 divorce dans les grandes agglomérations - , il n’en demeure pas moins un acte douloureux qui stigmatise le parcours d’un être. « Il est divorcé » dira-t-on de cet homme dont on ne connaît pas grand-chose, mais dont on suppose qu’il a beaucoup souffert. L’image d’une famille qui se brise se présente à notre conscience, ravivant à notre mémoire des souvenirs heureux intensifiés, magnifiés par la perte.
L’être humain n’est pas à l’aise avec la séparation : elle est source de grandes souffrances mais aussi de grandes peurs. Et c’est bien normal : après neuf mois in utero, la séparation la plus déchirante est bien celle de la naissance : traumatisme épouvantable, arrachement insupportable, et pourtant incontournable. Et qui ne fera que se répéter tout au long de notre évolution.

Quand le lien amoureux n’est plus, quand ce qui a présidé à l’éclosion de sentiments abîme plus qu’il n’épanouit, que l’un ou l’autre ne soit plus aimable, aimant, idéalisé, l’éventualité d’une séparation, si cruelle soit-elle, s’impose inévitablement. Quelles qu’en soient les motifs, c’est-à-dire qu’il y ait guerre conjugale déclarée ou non, les symptômes sont là pour manifester un désaccord, une inadéquation, un schisme.
« Lorsque j’ai rencontré mon futur mari, je recherchais un homme sécurisant car moi-même incapable de me confronter à mes peurs, à mes désirs. Je me suis mariée par peur de la vie. Rapidement, ‘mes’ somatisations m’ont clouées au lit, empêchant toute évolution sociale jusqu’au moment où je me suis rendue compte que j’allais en crever. Instinct de survie oblige, j’ai réalisé que ce mariage, qui devait combler ma névrose, n’a fait que la renforcer. Heureusement, le corps a parlé pour moi : en me libérant de cette union, je me suis sauvée toute entière. Je me suis dit : tiens, tu peux tenir debout toute seule ! »
Le cas de Joséphine n’est pas unique. Lors d’une rencontre, ce sont nos névroses qui s’attirent, se complètent et s’alimentent les unes et les autres, comme des vases communicants. Avec la certitude qu’on a besoin de l’autre pour vivre. Avec la douce illusion que l’autre nous maintient en vie. On entretient facilement le fantasme que le conjoint tant aimé, tant investi libidinalement, saura compenser la perte ( originelle) si douloureuse. De facto, si on existe uniquement par rapport à l’autre , il est certain que se séparer provoque un sentiment de vide incommensurable, tant la dépendance est forte. On pense souvent à tort que l’autre béquille notre existence, colmate nos failles et panse nos blessures narcissiques.
Aussi, un couple fonctionnant sur des bases de soumission / domination a toutes les chances de se défaire si l’un des conjoints acquiert une certaine maturité. La relation devient bancale, déséquilibrée dès lors que l’autre est désinvesti de son pouvoir : telle femme éprouvait une attirance irrépressible pour les bad boys parce que ceux-ci lui permettaient de se mesurer à une autorité paternelle dont elle se déprit à l’aide d’une analyse personnelle. Telle autre cessa d’être la petite fille de celui qu’elle mettait sur un piédestal pour enfin voler de ses propres ailes…

Il arrive que l’on se marie par tradition, sans que cela fasse "sens" dans notre histoire : le poids de la morale, le regard de la famille qui tarabuste les célibataires, la société elle-même qui encourage l’union, nous enchaîne à une fidélité inconsciente qui ne nous correspond pas : ne pas se marier peut aussi être une réussite…
Une relation chaotique, dénarcissisante, régressive ou tout simplement frein d’une évolution ne doit accepter aucun compromis ni aucune rationalisation : mille prétextes peuvent entraver une possible guérison. La douleur et le désarroi que suscite la rupture dans la plupart des cas réactivent le "mais". « Il me bat mais il a été battu quand il était petit ». On veut sauver l’autre avant de se sauver soi réellement , mettant en place un déni de la réalité. On en finit par se haïr soi-même, par sacrifier une partie voire la totalité de notre être. La peur de l’inconnu, le désespoir du vide, l’angoisse de l’abandon et de la solitude, la vulnérabilité de l’enfant intérieur que nous sommes, impuissant face au grand Autre, nous maintient et nous lie à des réflexes névrotiques, rendant impossible toute prise de distance et de détachement.
Dès lors que l’autre invalide un possible élan social et créateur, le divorce s’impose comme principe de guérison, comme sauvetage réconciliant l’individu avec ce qu’il est fondamentalement.
A posteriori, une fois que le temps a œuvré en faveur d’un apaisement, maintes formulations émanent : « Ce divorce a été une renaissance, une réappropriation de moi », « ma situation était trop confortable, j’ai eu besoin de me mettre en péril pour oser entreprendre ». On se découvre autre, autre que l’image à laquelle on voulait coller … Bien sûr, on a tout intérêt, plutôt que de déconstruire le passé, à l’utiliser afin de comprendre en quoi il nous a fait grandir.

Le divorce, loin d’être un échec, est alors une invitation : il offre la possibilité d’une ouverture sur la vie. Avec elle, l’opportunité de reconnaître ses besoins, de nommer ses désirs, d’accueillir des joies plurielles. Et de vivre, enfin pour soi…