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L'être humain présente une grande propension à se convaincre qu'il est plus doux et plus confortable de s'installer dans un état infantile ; celui-ci se glisse insidieusement jusque dans nos assiettes, notre langage, notre comportement vestimentaire et même dans 1'antre de notre intimité ; d'ailleurs, la culture pâtit de la tendance rationalisante qui consiste à vouloir « se faire du bien » ; ce prétexte peut très vite devenir fallacieux, dès lors qu 'il emprunte des voies libidinales d'un narcissisme qui dérive. Ainsi, trentenaires et quadragénaires, surnommés « adulescents » (adultes + adolescents), pourtant bien intégrés socialement, semblent imprégnés du trop grand souvenir de leur enfance qu'ils cherchent à prolonger... Il faut dire que le mercantilisme ambiant, glorifié par une presse passionnée de fièvres éphémères, livre ponctuellement et de manière informelle un assortiment d'objets divers, inutiles, destinés à rien, sinon à engendrer un pseudo plaisir teinté d'oralité ; tout ceci autorise l'individu à s'accorder une pause régressive qui se veut appréciable, peu culpabilisante et, sans aucun doute, ultra sécurisante. C'est qu'on a besoin de « ces quelques grammes de douceur » dans un monde perçu hostile dans lequel se heurtent et cohabitent sournoisement pulsions d'agressivité, de domination et de compétition... Ainsi, dans cet univers du paraître, où il importe bien plus de plaire à l'autre que d'être soi-même, s'affiche paradoxalement le désir d'un retour à un état antérieur - le monde de l'enfance-, impulsant l'individu dans une quête visant à s'offrir l'objet de sa satisfaction. De fait, voit-on fleurir dans les commerces maintes peluches originales, utilisées pour la plupart comme les fameux objets « transitionnels » des petits d'homme, grigris en tous genres censés porter bonheur et canards pour le bain refaisant surface, accueillis par des trentenaires a priori dénués de complexes, béquillant leur existence de ces petites choses en apparence anodines mais révélatrices de bien des manques...
Après le cocon, a succédé
l'inquiétant « burying » (bury : s'enterrer), acte
singulièrement représentatif d'un repli de soi proche de
l'état anorganique ou l'état premier de non-vie ; actuellement,
le « nesting » (nest : nid), compulse avec l'air du temps
et l'esprit du « tout comme à la maison », recréant
le mécanisme introjectif inhérent au petit enfant et rétablissant
l'état de plaisir, tel l'oisillon attendant la becquée...
La tendance exhortée du « tout et tout de suite » n'échappe
guère aux productions langagières à travers lesquelles
s'exprime un vocabulaire restreint, limité, s'appuyant sur des
onomatopées signifiantes et réductrices ; l'usage intempestif
des téléphones portables et des SMS en est la preuve évidente,
dénonçant, par la suppression de lettres et la condensation
phonétique, la qualité de l'échange avec l'autre...
Ce jargon, censé appartenir à une tranche d'âge relativement
jeune, s'étend amplement à une population plus mature, qui,
dans la mouvance actuelle, en adopte codes et rites, participant au phénomène
accru du jeunisme, cherchant à repousser ainsi toujours plus les
frontières de la mort. L'enfance, valeur refuge pour ces êtres
nostalgiques d'un passé souvent insouciant et surprotégé,
ressurgit au détour d'une musique, d'une émission de variétés,
d'une soirée, réactivant les sensations enfouies, réanimant
les héros du fantastique ; en attestent les Spiderman, Hulk et
autres personnages cultes. Ce système maintient la société
dans la culture de la jeunesse et de l'éternité, rendant
accessible un rêve d'absolu, néantisant l'inéluctabilité
de la mort ou, plutôt et de préférence, la projetant
dans l'autre. Réchauffé, relooké, remixé,
recoloré : du « re » au « areuh », la limite
est infime... Texte publié dans le numéro n°24, Novembre-Décembre 2004, de Psychanalyse Magazine
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