Education :

sommes-nous trop laxistes ?

 

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Envolés, les préceptes rigoureux des siècles passés, qui reposaient plus sur le dressage du futur citoyen que sur l’épanouissement légitime du sujet désirant. L’éducation a évolué, tantôt abreuvée de théories moralistes, tantôt éclairée par un regard ‘psy’, s’ affrontant cependant à de lourds paradoxes : comment exercer l’autorité dont on sait qu’elle participe à la construction de la personnalité, sans craindre d’étouffer ou d’aliéner son enfant ?
Le métier de parent, selon l ‘expression Freudienne, est un des métiers impossibles : « Quoi que vous fassiez, ce sera mal » avait-il asséné à l’une de ses patientes.
N’y aurait-il alors pas d’éducation parfaite ? Ou du moins, de bonne éducation ? Excès d’autorité ou manque de fermeté, quelle attitude adopter sans se prendre dans les mailles de la culpabilité ?

Mille ouvrages ont traité de l’éducation de nos chères têtes blondes dans lesquels tout et son contraire a été dit. Nombre de mères, pourtant soucieuses de bien faire, se trouvent encore aujourd’hui démunies face aux comportements de leur enfant, qu’il soit en bas âge ou qu’il traverse les affres de l’adolescence. Et se posent des questions légitimes : ‘ Est ce que je fais bien ? Suis-je assez sévère ?’
Souvent impuissants à imposer leur loi, ces parents en mal d’autorité, ont opté, parfois malgré eux, pour une grande permissivité, histoire de laisser leur progéniture libre de s’exprimer.
L’enfant tout-puissant du début de vie demeure alors dans cette toute-puissance, trop materné par l’un ou complètement livré à lui-même, incapable dans les deux extrêmes de gérer sa frustration, en proie à un mal être ou à des angoisses peu maîtrisés.

Quelle définition attribue-t-on à l’éducation ? Outre l’action de former et d’instruire, éduquer vise avant tout à faire grandir l’enfant, au sens physique comme au sens figuré ! Pour cela, l’éducation repose sur des principes indispensables : lui apprendre le monde, qu’il doit intégrer, auquel il doit s’adapter, avec ses limites, ses règles, ses interdits. Les parents inscrivent l’enfant dans la continuité du réel en leur transmettant les valeurs inhérentes à la famille, en les projetant de fait dans l’environnement extérieur. Il ne peut y avoir d’éducation sans cadre limitatif : un enfant qui ne serait soumis à aucune autorité serait en proie à sa propre loi, abandonné à ses pulsions, à ses angoisses, à des désirs ambivalents.
Seulement voilà : à trop vouloir comprendre l’enfant et lui laisser toute liberté, le modèle éducatif est peut-être passé d’une méthode répressive à une méthode permissive excessive.
Les parents n’osent plus exercer leur autorité sur l’enfant, de crainte d’étouffer leur personnalité, de brimer leurs potentialités, ou tout simplement de peur de ne plus être aimés…L’image de bons parents est indubitablement présente !

Le discours ambiant a tellement culpabilisé les parents dans leur rôle éducatif que ceux-ci, effrayés par la responsabilité de la tâche, finissent par manquer de discernement : exit la bonne vieille fessée, dont on sait pourtant qu’utilisée à bon escient, elle permet de mettre des limites corporelles à un âge où l’enfant n’est pas encore mature pour comprendre une sanction d’ordre symbolique. Finie la hiérarchie, l’enfant, placé sur le même rang, devient l’individu à qui l’on peut se confier, puisqu’il peut tout comprendre et peut discuter de tout… Il est difficile d’imposer sa loi par la suite…D’ailleurs, il n’y a qu’à être observateur du monde marchand qui s’adresse directement aux consommateurs en culottes courtes : ceux-ci participent activement aux achats domestiques et savent plus que jamais ce qu’ils veulent ! Ils savent exercer une domination reposant sur l’assouvissement immédiat d’un besoin, d’une envie. L’enfant qui jouit de tels privilèges dont il sait très vite abuser, réduit l’adulte à asservissement. En prise avec une société orale qui tutoie le plaisir et l’instantané, l’enfant, baigné par nature dans ce principe, a d’autant plus besoin de structures qui vont répondre, de manière positive ou négative, à ses demandes, l’inscrivant de fait dans une réalité bénéfique. N’oublions pas que Freud insistait sur la résistance du sujet à toute volonté d’éducation, même bonne : « C’est même ainsi que se construit un sujet, dans la résistance du désir de l’autre. »

Maintenant, on sait qu’une éducation permissive s’avère être aussi caduque qu’une méthode répressive. Cependant, le parent, pétri par ses craintes de mal faire, imprégné lui-même d’une éducation toujours présente, se projette de manière aisée dans celui qu’il est censé élever : c’est lui-même petit enfant sur qui il doit faire autorité. Il ne veut surtout pas souffrir . « Mes parents étaient trop sévères, moi je veux que mon fils soit libre de faire ce qu’il veut ». Or, comment un enfant peut-il faire face à une telle liberté sans s’abîmer ?
Le devoir du parent est d’autoriser l’émergence d’un sujet libre, non d’offrir un espace sans limites. Car bien évidemment, l’excès de laxisme et l’absence de cadre installe l’enfant dans un confort qui exclut tout goût de l’effort, toute persévérance : l’apprentissage devient pénible, la relation aux autres difficile, la frustration intolérable parce qu’inhabituelle. Sans opposition, il n’y a pas de frustration, donc pas de désir.
Bien sûr, il ne s’agit pas de mettre en place une hégémonie parentale mais d’instaurer un équilibre entre un ‘trop’ et un ‘pas assez’, nuisible au bon développement de l’enfant, un compromis acceptable qui prend en considération la reconnaissance de ses besoins et de ses désirs et pallie à son anxiété.

Un enfant a besoin d’être alimenté de nourritures terrestres, affectives et intellectuelles sans pour autant être "gavé", mais juste pour lui permettre d’expérimenter le monde et de se frotter à lui. Stimuler sa capacité désirante, selon l’expression de Winnicott ( "Morale et éducation" ) afin d’éveiller sa curiosité, afin d’épanouir sa personnalité pour le rendre apte à agir dans la société.
Eduquer, c’est transmettre et protéger. C’est "être avec". Voyons l’éducation comme le proposait Kant, telle "une œuvre qui doit se parfaire à travers les générations"…