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A voir le comportement "limite" de certains automobilistes, on peut s’interroger sur la relation étroite qui s’établit entre le chauffeur, son véhicule, et le monde extérieur. Car à l’époque où rivalisent, sur un marché foisonnant d’ingéniosité et de modernité, autant de modèles issus de la nouvelle technologie, la voiture semble entraîner l’homo sapiens vers une involution significative. Pilote de "l’auto – mobile", joujou parfois libidinalement surinvesti, le seul maître à bord s’enferme dans un réceptacle confortable et sécurisé à l’instar du petit d’homme dans son milieu d’origine…Pourtant, on utilise bien l’engin pour se déplacer, et la publicité nous le rappelle, c’est une mobilité non exempte d’un fort sentiment de liberté : « Et si le luxe, c’était l’espace ? » Chauffage, climatisation, vitres teintées ou double vitrage atténuant les agressions extérieures, sièges chauffants, airbags, direction assistée : sommes-nous prêts, en effet, à affronter l’immensité, l’infinitude de l’espace, installés dans une alvéole qui reproduit si bien l’espace intra - utérin quand la psychanalyse sait que le fœtus, niché dans un fantasme de toute-puissance et d’indifférence totale pour le monde extérieur, se prend pour le roi du monde ? Il suffit d’observer attentivement les conducteurs dans leur automobile : souvent sérieux ( parce que concentrés sur la route), parfois soucieux (parce que difficultés professionnelles ou familiales ), fréquemment nerveux ( parce que pressés ), et quelquefois agressifs… Force est de constater qu’individualisme et incivilité vont de pair dans un monde sempiternellement en mouvement, monde dans lequel la vitesse est de mise et le rythme effréné. Aussi, appuyer sur le champignon est pure jouissance puisqu’il donne le sentiment d’entrer dans un espace – temps élastique défini et limité par nous-mêmes, un temps quant à nous dont l’autre est exclus. Cette maîtrise illusoire du temps pousse l’individu à fantasmer sa propre intemporalité, projetant par couple d’opposé, la temporalité, donc la mort sur l’autre. Au volant de son bolide, l’homme
fort se sent invincible, il est prêt à tester ses limites
corporelles et à jouer avec sa vie. Souvenons- nous, dans la «
Fureur de vivre » de ce jeu de course entre deux véhicules
: celui qui restait le plus longtemps à bord avant que l’engin
n’aille s’écraser contre un mur ( quand il n’était
pas précipité du haut d’une falaise) était
vainqueur respectable auprès de hommes et des femmes. Le choix de son carrosse ( ou de sa citrouille
) est non seulement en lien avec le corps mais aussi avec la perception
que l’on a du monde extérieur, hostile et sans limites. Pour
certains, un petit moteur suffit ; d’autres affirmeront non sans
fierté "qu’il y en a sous le capot". De l’obsession
de la propreté à la voiture sale et abîmée,
en passant par la décoration personnalisée de l’habitacle,
la voiture, œuvre d’art à ses heures ( vivent les peintres
ou les couturiers de renom !) est soit déifiée soit purement
utilitaire. Mais quel que soit son usage, le comportement de l’automobiliste
n’est jamais neutre : on conduit souvent sa voiture comme on conduit
sa vie. Faire preuve de civisme revient à prendre compte l’autre
et à se soumettre à des règles, à des interdictions,
à des feux rouges, des ‘cédez le passage’, des
stop ou des limitations de vitesse auxquels tout un chacun se trouve confronté
au quotidien, mettant en miroir le mouvement de la vie, avec ses ralentissements
et ses arrêts, ses accélérations et ses freins. A
vouloir aller trop vite, on peut quelquefois ‘louper’ une
route, et peut-être qu’ à force de vouloir gagner du
temps, on en oublie que la lenteur permet la réflexion, et l’arrêt,
phase obligée du mouvement, ouvre aussi un champ vaste de création
donc d’avancée dans le désir… |
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