Ce que femme veut, Dieu le veut !

 

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On dit encore de la femme qu’elle est le sexe faible, le «deuxième sexe ». Déjà bien avant Adam et Ève, elle a été calomniée, infériorisée, écartée, réduite à la procréation et à l’élevage des enfants. D’une histoire fortement imprégnée de l’empreinte masculine, n’émergent que quelques images féminines marginales. Le passé politique, économique et culturel regorge de grands noms mais c’est un héritage dont les femmes sont souvent exclues : en tant qu’êtres subordonnés à l’homme et à sa jouissance, elles ne devaient ni ne pouvaient avoir accès à la culture.

Il est vrai que leurs droits furent tardifs et que des féministes se battent encore aujourd’hui pour leur égalité et leur respect. Pourtant, nombre d’éminences grises — ces femmes de l’ombre — ont jalonné le parcours d’illustres figures de notre Histoire ; elles ont, bien entendu, joué un rôle de grande envergure ; frondeuses, ligueuses, conspiratrices, négociatrices, guerrières même, collaboratrices, intrigantes, égéries, muses, inspiratrices... sont autant d’inconnues méritoires qui ont oeuvré avec volonté, jouant des réseaux, créant des alliances, usant parfois de la ruse comme dernier pion pour asseoir une légitimité. Séductrices, manipulatrices, dominatrices ? Et si le nez de Cléopâtre avait été différent, la face du monde en aurait probablement été changée. Une histoire de nez... fin, oui ! La détermination dont fait preuve la gent féminine n’est pas exempte de finesse de perception, de réflexion et de temps... Ce que femme veut ? Femme l’obtient ! Incontestablement...

Des influences nocturnes
D’Aristote à Spinoza, « la femme savante » est tournée en dérision car on ne saurait apprécier sa gourmandise intellectuelle. Exclues du génie, donc privées de création, d’inventivité, d’imagination, de passion, de volonté, le visage de la femme ne serait soumis qu’à un principe passif juste apte à la reproduction, au mimétisme ! C’est oublier le mythe des Amazones, effacer l’image du féminin sacré et du culte de la Déesse Mère, faire fi de la civilisation égyptienne, âge d’or pour la femme ; c’est encore ignorer la contribution à la vie culturelle des dames de la Cour des Rois. Quid d’une Mme de Montespan ou d’une Georges Sand, dont on connaît — pour l’une — l’incidence de son rôle de favorite auprès de Louis XIV — pour l’autre — l’indépendance, la volonté de liberté et l’engagement politique actif ?
Femme de poigne, main de fer dans un gant de velours, la femme enveloppe, enrobe de douceur, suggère sans force, avec un mélange subtil de souplesse et de fermeté, son habileté allant même jusqu’à faire croire que la décision vient de l’homme... Certes, il n’est alors point d’héroïsme éclatant pour ces influentes... nocturnes ! Mais en tant que représentant de la loi, l’homme est inscrit dans la construction, dans un « faire » alors que la femme, plus orale, reste dans l’élaboration, dans la parole. C’est bien la mère qui rassure et sécurise. Derrière chaque grand homme se cache une femme d’exception. Et pour cause : déjà petit garçon, celui-ci a pour la mère un amour immense et inconsidéré. Elle est celle qui porte, qui enfante, qui nourrit, qui protège, qui câline. Elle assure la survie de l’espèce et par ce seul fait, garde un pied dans le réel. La grossesse lui confère un pouvoir, un droit dont les hommes se sentent souvent coupés. D’ailleurs, l’homme se nourrit de la femme et l’allaitement, dans son principe de vie, lui procure un atout et une responsabilité essentiels. Barjavel avait souligné que « les hommes rêvent, se fabriquent des mondes idéaux et des Dieux. Les femmes assurent la solidité et la continuité du réel. » Certaines civilisations antiques reconnaissaient même dans l’accouchement une épreuve identique de force et de courage nécessaires au guerrier, prêt à mourir pour assurer la défense de son pays.

La mémoire de la césure originelle
Lorsque la coupure oedipienne ne s’est pas opérée, le dévouement fusionnel à la mère reste entier, quand il n’est pas déplacé sur la compagne ou l’épouse. De fait, le sentiment amoureux s’étaye toujours sur la relation maternelle dans la mémoire de la césure originelle, dont l’empreinte reste indélébile. Cette mère que le mâle a souvent envie de séduire — rivalité au père oblige —, il voudrait la combler d’attentions et de cadeaux. Cette mère bienveillante devient pourtant source d’angoisse lors de la découverte de la spécificité corporelle de sorte que le sexe féminin lui apparaîtra comme une « inquiétante étrangeté ». Ainsi, le mâle, dans sa folie amoureuse, est prêt à se soumettre au moindre désir de ce qu’il craint et qui le fascine, le fameux « continent noir ». De plus, le fantasme d’être le sauveur auprès de la femme lui accorde une certaine supériorité phallique. Comme l’avait écrit Abélard « Si le sexe des femmes est plus faible, leur détresse émeut d’autant plus aisément les coeurs et comme aux hommes, leur vertu est aussi plus agréable à Dieu ».

Une longueur d’avance
Quant à la petite fille, la déception qu’elle éprouve face à l’absence de pénis va la détourner de la mère pour se diriger vers le père, détenteur du phallus. Elle attendra inconsciemment de lui qu’il le lui donne, puis, à défaut, espèrera un enfant de lui. Enfant, elle use et abuse de ses attributs pour séduire cet objet d’amour qui, devant tant de manières, se plie bien souvent à ses quatre volontés... Devenue femme, ses intentions n’auront pas perdu de leur vigueur ! Les femmes ont ce pouvoir que n’ont pas les hommes : celui d’exercer une forme d’autorité qui passe par la séduction. Séduction qui fonctionne puisque, encore une fois, la femme reste, par ce don unique et précieux qu’elle fait à l’enfant, celle qui donne la vie.
Rappelons-nous le slogan publicitaire des années 80, devant l’émancipation de la business woman, « Elles veulent tout », qui aurait pu faire écho à la question que posait Freud à Marie Bonaparte: « Que veut la femme ? », tandis qu’un autre slogan scandait: « Un bébé, si je veux, quand je veux, comme je veux ». La femme actuelle clame son autonomie financière, revendique sa liberté sexuelle, s’enrichit d’un travail valorisant, tout en adoptant un style de vie plus harmonieux. De quoi égarer la gent masculine ! D’autant que Dieu le permet... Il est une évidence que l’inconscient collectif joue un rôle prépondérant dans la place de la femme au sein de tout fonctionnement sociétal. Depuis des siècles, indépendamment de Marie, d’autres icônes nous rappellent que l’élément féminin est pourvu d’un atout précieux : l’utérus, que celui-ci porte ou ne porte pas. N’oublions pas qu’Artémis était la Diane des Romains et Cybèle, la déesse Phrygienne de la Fertilité. Quant à Vénus, déesse des Jardins, avant d’être déesse de l’Amour et de la Beauté, elle s’inscrit tout autant dans un système imagoïque puissant : une forme d’autorité passive et muette. Carl Gustav Jung reprend cette prépondérance féminine en soumettant l’idée d’un « archétype de la Mère », mémoire nous rappelant à l’ordre, à sa façon, toute notre existence. «Elle »donne la vie et peut donc la reprendre. De ce droit qui lui est accordé fantasmatiquement, naît une idéalisation que les religions assimilent souvent au miracle. Difficile à ce compte de se débarrasser du moindre résidu de complexe maternel. Réducteur, à l’inverse, d’impliciter que la femme obtient facilement ce qu’elle décide. Seul le désir qui la lie à un tiers peut faire qu’elle récolte ce qu’elle a semé. Introspective dans l’âme, elle a une longueur d’avance sur l’homme. Et l’homme le sait bien qui, lorsqu’il lui passe ses caprices, sait déjà qu’il joue gagnant. Les neufs mois de gestation qui l’ont bercé l’ont, quoi qu’il en soit, transformé en (petit) Dieu... C’est ainsi que le mâle, s’il donne bien des permissions à la femme, garde, conserve, défend et protège instinctivement tous ses pouvoirs !

Texte publié dans le numéro n°29, Septembre-Octobre 2005, de Psy Magazine