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Osons sans complexes...
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Rares sont les individus qui ne se
trouvent aucun complexe. Il est même humain de ne jamais être
satisfait de son sort : les «trop » ou «pas assez
» sont de rigueur dans l'appréciation subjective que l'Homme
se porte. Et ce regard peu compatissant lui fournit mille et une raisons
de ne pas oser.
Pourtant, aller
de l'avant constitue le sens de la vie. L'être humain ne cesse d'évoluer
depuis sa naissance. Il est en apprentissage permanent et subit, au gré
des étapes nécessaires à sa construction, des échecs
et des réussites. Ce n'est pas parce que l'enfant trébuche
qu'il refusera de marcher. Alors, pourquoi est-il si difficile pour l'adulte
de se relever d'un écueil et de continuer à avancer ? Pourquoi
nos complexes nous empêcheraient-ils d'avoir de l'audace?
Une tendance naturelle au mimétisme
Nous focalisons aisément sur des complexes qui, grossis à
la loupe, deviennent de véritables trouble-fêtes quant à
notre devenir affectif ou social. Qu'ils soient physiques ou intellectuels,
ils entravent le quotidien d'une manière quasi-obsessionnelle,
au point d'inhiber nos potentialités. Le complexe touche au narcissisme
et jongle avec une image idéale choisie comme modèle de
référence. L'individu ne supporte pas d'apercevoir dans
le miroir une différence qui échappe aux normes codifiées
par la société ou l'entourage. De fait, par une tendance
naturelle au mimétisme, il va vouloir se comparer à, devenir
conforme. Par souci de séduction aussi. Il va cristalliser son
discours et surtout ses actes autour de détails qui, objectivement,
sont insignifiants mais qui prennent pour lui des proportions énormes.
Ce sentiment d'infériorité cache, de toute évidence,
un sentiment de supériorité bien camouflé, la crainte
d'oser étant souvent liée à la peur de ne pas être
le meilleur. Or, oser c'est tout de même prendre le risque de la
réussite. Vivre revient surtout à apprendre à grandir,
tous les jours. Seulement voilà : le moi est soumis aux exigences
du regard de l'autre... Ce qui nous pousse au perfectionnisme. L'image
que nous avons de nous-même apparaît déformée
par un idéal impossible à atteindre. Cette image est en
décalage total avec la réalité.
Vous avez dit complexes?
Pour la psychanalyse, le complexe est défini comme un ensemble
organisé de représentations et de souvenirs à forte
valeur affective, partiellement ou totalement inconscients.
C'est bien l'imprégnation de notre histoire familiale et de notre
vécu infantile qui rend l'accès difficile et contrarie nos
élans. Si un complexe nous envahit, c'est parce que nous l'associons
à un contenu préexistant d'idées, d'affects et d'émotions
refoulées. Jung comparait le complexe à un « aimant
attirant à lui tout ce qui pourrait évoquer les images refoulées,
même les choses indifférentes qui sont englobées dans
la sphère taboue ».
Le regard que le parent a pu porter sur les performances de l'enfant n'est
pas anodin : des exigences exagérées aux messages inconscients
induisant l'échec ou encore les paroles dévalorisantes (tu
n'y arriveras pas, ton frère savait lire à ton âge,
ou, ne fais pas ça, c'est dangereux) réactivent culpabilité
et manque de confiance en soi. Il est compréhensible alors de freiner
toute velléité d'entreprise : « Ça ne marchera
pas » est un piège si confortable...
Autrement dit, ces noeuds résistants, qui sont des parties de nous-même,
nous enlisent dans l'isolement social ; ils tyrannisent l'être au
plus profond de lui-même car dès lors qu'il y a complexe,
il y a conflit intérieur.
Liquider nos inhibitions
On traîne nos complexes comme des boulets qui ne nous appartiennent
pas fatalement mais qui s'inscrivent dans la continuité d'une lignée
familiale : ce nez détesté nous rappelle, avec souffrance,
cet oncle aux attitudes douteuses, tout comme une ressemblance avec telle
aïeule aux moeurs légères — même si nous
ne l'avons pas connue — nous gênera au plus haut point...
Comment, dès lors, liquider ces inhibitions qui nous diminuent,
pour que la force de l'action s'impose?
Voici quelques pistes :
• Quitter la sphère affective pour, justement, ne plus être
affecté(e) par le jugement de l'un ou de l'autre constitue une
étape-clé pour réussir a s'affranchir de nos peurs
encombrantes.
• Accepter que l'erreur, potentiellement inhérente à
toute construction, permette aussi à une vérité d'éclore
: comprendre et analyser nos blocages est toujours enrichissant. Le travail
du thérapeute peut s'avérer nécessaire dans l'amorce
d'une telle entreprise.
• Élargir nos domaines de compétences pour ouvrir
la voie à la créativité et affirmer notre individuation.
• Enfin, à l'instar de Gide, répétons-nous
inlassablement : « Ose devenir qui tu es ». 
L'AUDACE PAIE TOUJOURS
« Qui ne tente rien n'a rien
». « A l'impossible, nul n'est tenu »... Ces dictons
populaires bien connus de tous même s'ils dérangent
quelquefois par leur facilité, n'en sont pas moins vrais.
Pour Virgile, la fortune favorise les audacieux ; pour Crébillon,
le succès est souvent un enfant de l'audace ; pour Goethe,
l'audace a du génie, de la puissance et de la magie ! On
s'étonne même parfois soi-même avec un brin d'admiration
comment, moi, j'ai pu faire ça ? Dépasser nos a priori,
nos doutes, nos angoisses et faire fi du qu'en dira-t-on, c'est
possible. À condition d'imaginer la suite : la réussite
! On ressent alors une fierté non dissimulée : on
se sent héroïque ! Ces coups de maître offrent
tout à coup un sentiment de puissance indicible qui nous
donne envie de recommencer.
À juste titre, l'audace est souvent associée au génie,
à la création, à l'innovation. Elle survole
l'impossible, démonte toute rationalité, alimentée
par une forte croyance. Celui ou celle qui fait preuve de témérité
fait peu cas des remarques et des critiques qui lui sont adressées.
L'avis de l'entourage n'est ni invalidant ni immobilisant. Le souci
de plaire ou la volonté de donner du plaisir n'est, ici,
pas de mise. L'audacieux est actant de sa propre vie car désirant.
Il connaît peu la demi-mesure : dépassant largement
le stade de l'élaboration, il prend le risque de s'exposer
à l'échec auquel il prête, finalement, peu d'attention,
si ce n'est pour s'en servir de tremplin. C'est dans l'agir que
l'audacieux voit, par magie, les portes s'ouvrir. Car, débarrassé
de toute censure illégitime et de toute forme d'étayage,
il puise sa force dans la pensée positive créatrice.
Quitte à anticiper son succès...
La réussite couronne l'audace. Cependant, il s'agit d'être
à sa place, en adéquation avec soi, avec la certitude
que nos actes collent à ce que nous sommes...
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Texte publié dans le numéro n°31,
Mars-Avril 2006, de Signes & Sens Magazine
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