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Salarié ? Moi, jamais !
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Il y a les réfractaires à
la routine, les allergiques à la hiérarchie. Mais aussi
les inconditionnels du travail à la carte qui préfèrent
bosser en indépendant, plutôt que de rentrer dans un cadre
formaté et de se soumettre à une autorité. C’est
dans un esprit entrepreneur, volontaire et libertaire que ces travailleurs
se lancent, souvent après avoir connu les affres de la collectivité.
Cependant, être indépendant signifie être seul ou,
plus exactement, individué. Libéré du regard de
l'autre et de toute reconnaissance d’un tiers.
Etre son propre chef, gérer son
emploi du temps, avoir plus de liberté : des arguments réels
mais insuffisants pour oser s’investir dans une telle entreprise.
Car n’est pas patron qui veut ! La mise en route de l’autogestion
requiert des qualités indispensables et une sacrée dose
de maturité. Ainsi, il demeure important de savoir s’organiser
afin de créer un équilibre entre les sphères privée
et professionnelle. Sans un travail intense et consciencieux, il ne peut
y avoir de réussite : le travailleur indépendant est le
seul maître à bord et de lui dépend ses résultats.
Il ne peut s’étayer sur personne ni accuser l’autre
du moindre échec.
Un esprit en alerte permanente
Travailler de manière indépendante exclut une certaine sécurité,
notamment financière. Et puis, il y a aussi ce rapport au temps
qui change du tout au tout : les horaires n’étant pas imposés,
la régularité n’est plus. C’est cependant dans
cet espace libre et non restrictif que se déploient une volonté
et une énergie considérables. Et l’émergence
d’un désir. Bosser pour soi demande disponibilité
et adaptation. C’est donc avec un esprit alerte que l’indépendant
doit être à l’affût de toute nouvelle information,
par anticipation constante du « marché » et de fait,
réagir aux difficultés éventuelles. C’est pourquoi
l’autonome est multi fonctionnel : de la création à
la gestion de son patrimoine, il multiplie les tâches inhérentes
à toute entreprise dans un esprit d’ouverture peu commun.
Il veut « sauver sa barque », comme tout chef d’entreprise
concerné et impliqué.
Une histoire de rivalité
Il y a les profils, disciplinés et obéissants, dont le besoin
d’être encadrés ou de se dissoudre dans la masse est
réel ; il y a ceux aussi qui n’ont aucune nécessité
à être soumis à des rapports hiérarchiques,
souvent présents (malheureusement !) dans les groupes ; ils sont
libérés de l’exemple qui devient nécessairement
appréhendé, dans un second temps, non plus vraiment comme
modèle mais plutôt comme adversaire. L’investissement
libidinal n’est plus dispersé dans la recherche de conflits
à gérer avec l’autre, ni vers une quête identificatoire
vaine seul avec soi-même, c’est un bon narcissisme, vecteur
de créativité, qui est mis en place, dans un désir
de singularité et d’individuation. Il est, en effet, très
revalorisant pour un individu d’exploiter une idée et d’aller
au bout de son projet en passant à l’acte, avec tout le courage
et la volonté dont il est capable. Hermine,
35 ans, témoigne du grand bouleversement de sa vie : Je travaillais
comme styliste dans une grande boîte de prêt-à-porter
pour enfants. Je vous passe les détails des semaines de plutôt
50 heures, non rémunérées en proportion et les voyages
professionnels en Asie que la direction de l‘entreprise m'obligeait
à faire... En classe économique ! Plusieurs fois par an,
j'étais hébergée à l‘étranger
dans des hôtels très moyens, avec un timing digne d’un
marathonien ! Mais d’autres que moi dans la boîte subissaient
la même pression, avec un salaire minimum. Les primes annuelles
promises ne venaient jamais. L’ambiance générale était
soit agressive, soit morose puisque l’ensemble du personnel faisait
grise mine ! Mon ami, las d’entendre mes plaintes récurrentes,
me poussait à lâcher le salariat et à créer
ma propre marque. Ce que je finis par faire. Depuis deux années
en statut indépendant, mes chiffres sont à la hausse. Mais
surtout, je suis bien dans ma peau. Je travaille beaucoup mais, avant
tout, pour moi. J’ai l’impression d'être libre car je
gère mon emploi du temps comme je l’entends, même si
je reste très raisonnable. J’ai acquis la certitude que je
ne retournerai jamais en tant qu’employée dans une entreprise...
J’en ai trop bavé ! Quant aux somatisations que j'avais à
l’époque du salariat, elles se sont envolées...
En outre, les statistiques sont formelles
les chefs d’entreprise sont plus dynamiques que les salariés
Rien d’étonnant à cela puisque avoir la responsabilité
d’un établissement oblige à anticiper. Il n’y
a rien non plus de péjoratif dans ce constat. Bien au contraire.
Le bon stress, qui découle de cette mobilisation exceptionnelle
d’énergie, renvoie l’heureux acteur à constater
que ses capacités sont bien supérieures à ce qu’il
croyait ! Cette forme d’entraînement permet d’aller
toujours plus loin et de repousser favorablement ses limites. 
Texte publié dans le numéro n°32,
Mai-Juin 2006, de Signes & Sens Magazine
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