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L’homosexualité en
question
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A l’heure où l’homosexualité
fait sa parade sur la scène politique, culturelle et sociale, suscitant
de vives controverses ( Pour ou contre la Gay Pride ? Homoparentalité,
quelle éthique ? Doit-on légaliser le mariage gay ?...)
subsistent encore, profondément ancrées dans les mentalités,
des interrogations bien légitimes.
Car c’est un vaste débat que
celui de l’homosexualité, un débat éthique
de tolérance sociale. Si l’on s’attarde sur les différentes
manifestations qui lui rendent hommage, il semblerait qu’elle soit
majoritairement tolérée. Plus qu’une revendication
sexuelle, elle apparaît comme un art de vivre et occupe une place
de choix dans le consumérisme ambiant : magazines,
publicité, chaînes de télé…Pourtant,
même si la culture homo s’est affranchie d’une exigence
normative, et que chacun y va de son coming out, elle n’en reste
pas moins une énigme pointant du doigt une lacune parentale, un
manque, voire une faute dans l’éducation...Qu’ est-ce
que j’ai mal fait ? s’inquiètera une mère, s’incombant
la responsabilité de l’orientation sexuelle hors normes de
son fils. L’attirance pour le même sexe ne constitue-t-elle
pas, dans notre morale, un interdit, une anomalie, un échec, une
déviance ou comme l’avait rapporté Freud, une perversion
? Le trouble qu’engendre souvent la honte et le poids de la culpabilité
persiste encore et présente une difficulté d’affirmation
de son identité.
Mais n’est-ce pas tant ce qui touche à l’intime dévoilé
qui nous dérange, nous qui, dans nos sociétés dites
modernes, semblons débarrassés de tous tabous, nous qui
avons œuvré pour la libération des mœurs et qui
avons révolutionné le sexe au point d’en faire un
sujet permanent du domaine public ?
Homosexualité. Ce terme dérivé
du grec ( homos : semblable) est crée vers 1869 par un médecin
Hongrois pour désigner toutes les formes d’amour charnel
entre des personnes appartenant biologiquement au même sexe. Or
nous savons bien qu’avant même la création du mot,
(duquel fut déduit bien plus tard son corollaire inversé)
l’homosexualité existait déjà : histoire et
mythes regorgent d’anecdotes. Pour exemple, Alexandre le Grand réservait
son exclusivité aux garçons. Dans l’Antiquité,
on parlait de pédérastie qui, érigée en institution,
constituait une perfection de relation entre l’homme mûr et
le jeune éphèbe, et ne devait en aucun cas être ternie
par une femme. Effectivement, sous l’angle de quelques philosophes,
l’on peut considérer l’acte hétérosexuel
comme unique but procréatif sans lequel l’homme serait menacé
par l’extinction de la race. Et si le postulat Freudien nous apprend
que la libido de l’homme est d’abord auto-érotique
puis narcissique, nous sommes plus en mesure de comprendre le choix d’objet
mâle chez certains. Dans « Un souvenir d’enfance de
Léonard de Vinci », le point de fixation paraît évident
lorsque l’artiste avoue « (…) car en vérité,
un grand amour naît d’une grande connaissance de l’objet
aimé, et si tu connais peu celui-ci, tu ne pourras l’aimer
que peu ou pas du tout. » Cette affirmation valide l’hypothèse
du choix d’objet narcissique, selon laquelle l’hétérosexualité
n’existe pas en tant que telle puisque l’individu, qu’il
soit homme ou femme, passe dans son enfance par cette étape
homosexuelle avant le choix d’objet féminin.
Rappelons la légende des Androgynes qui, retranscrite par Platon,
relatait l’existence de créatures pourvues des deux sexes
puis dédoublées par Zeus : la recherche fantasmatique de
son double dans l’accouplement répond d’une certaine
manière à la question des origines du fonctionnement psychosexuel.
Lacan participa à la compréhension de l’homosexualité
en élaborant d’une part la théorie du stade du miroir
comme formateur du Je, et, d’autre part, en avançant la problématique
phallique, il situe le phallus imaginaire comme manque supposé
de la mère. Ce qui lui fait dire : « Ce que le sujet n’a
pas, il l’a dans l’objet. Ce que le sujet n’est pas,
son objet idéal l’est. »
Autrement dit, c’est lors d’un attachement intense à
la mère que le garçon s’identifie à la femme
castrée, dépourvue de pénis, devient comme elle et
entreprend ultérieurement une quête inconsciente de personnes
semblables à lui, capables de satisfaire la jouissance de la mère.
Dans la génèse psychique de l’homosexualité
surgit la fixation pathologique à l’image de la mère
adorée, idéalisée et de cet amour excessif refoulé.
Si tant est que la psychanalyse puisse apporter un éclairage passionnant
sur l’homosexualité, - il est intéressant de porter
un regard sociologique sur l’expression même de cette identité
sexuelle. Alors que l’hétérosexualité s’étaye
sur la procréation pour valider sa "normalité",
l’homoérotisme – terme choisi par Ferenczi –
lègue sans pudeur l’inavouable, l’impensable, l’indicible,
à savoir le grand mystère de la sexualité, délivré
de toute morale judéo-chrétienne, libéré de
toute vision manichéenne. La sexualité, telle que l’avait
présentée Freud, embrasse le vaste champ de toutes les relations
humaines, considérant que tout intérêt porté
à son semblable relevait de l’homosexualité, moins
comme une unité communautaire que faisant partie de la nature intrinsèque
de chaque individu. Dans la relation homosexuelle, ce qui dérange
est cette « place maudite où la sexualité s’impose
à l’être humain » (…), où «
l’homosexualité ferait fonction de bouc émissaire,
en concentrant sur lui, dans l’opinion publique, tout ce que la
sexualité peut avoir de haïssable » explique Hubert
Lisandre dans son ouvrage. Il y a toujours eu, au cours des siècles,
des préceptes moraux adjoints à la sexualité, et
ce même avant l’apparition du Christianisme. Alors que les
hétéros ne sont pas réduits uniquement à leurs
conduites sexuelles, c’est le désir sexuel chez les homos
qui, exhibé et assumé, est ostracisé. Ce désir
en actes, contraire aux interdits moraux, sociaux, religieux réprime
et exclut, et à travers lui, c’est tout un mode de vie qui
est condamné. L’homosexualité n’aurait qu’une
connotation sexuelle, libérée de toute forme d’amitié,
de tous liens sociaux qui prévalaient naguère. La société
ne met-elle pas un point d’honneur à attribuer à des
individus une identité relative à leur pratique sexuelle
? La différence et l’altérité doivent alors
rester les maître mots d’un système. 
Bibliographie :
- Parole d’homme. Les gays sous le regard de
Freud. Hubert Lisandre. Hachette Littératures
- Dictionnaire de la psychanalyse. Larousse
- Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci. Freud. Puf
- Les perversions. Editions Tchou
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