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D'où vient notre attirance pour
les sciences occultes ?
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Sciences occultes, paranormal, sciences parallèles,
surnaturel, ésotérisme... sont autant de dénominations
attribuées à tout va pour tenter d’évoquer
ce qui fait appel au mystère, à l’inconnu, à
l’étrange. Certains considèrent que ces croyances
ne sont que niaiseries pour gens crédules et faibles, en recherche
d’une béquille qui soutiendrait leur existence ; d’autres
affichent un goût fébrile et y voient un moyen de connaître
leur avenir. Cependant, la véritable connaissance de ces dites
sciences reste nébuleuse dans l’esprit des individus, comme
si elles constituaient à elles seules un domaine marginal : s’opposant
au champ scientifique, elles n’appartiennent pas non plus à
la culture littéraire et, indépendantes de toute rationalisation,
elles luttent contre la « normalité », contre le dogme,
surpassant la nature et les Hommes...
Pourtant, la fascination pour le mystère
a de tout temps existé et ce, quelles que soient la culture ou
la géographie : rites, sacrifices et magie sont les témoins
de la place accordée par l’humain aux forces invisibles qui
l’entourent. Cette dimension infinie que représente l’occulte
attire ou repousse, provoque ou interpelle car elle étend son champ
invisible au-delà du matériel, du réel, du perceptible,
du quantifiable. L’athéisme grandissant, l’indifférence
religieuse laisse-t-elle la place à de nouvelles religiosités
et à la prolifération de ce que certains appellent des «
croyances pseudo spirituelles » ? Peut-on d’ailleurs réellement
parler de nouvelles croyances et en quoi nous interpellent-elles ?
L’occulte, science du symbole
Les hommes préhistoriques, malgré des rites conjuratoires,
se préservaient davantage encore de l’angoisse par des représentations
murales. Grecs et Romains vénéraient leurs divinités
sacrées et s’en référaient à elles pour
toute entreprise. Ce mode de pensée instinctif et irrationnel,
qui nie le hasard et la coïncidence, supposait l’existence
d’une force magique régissant la nature, ce que l’on
retrouve dans le courant de pensée animiste ; celui-ci est particulièrement
marqué par la volonté pour l’Homme de faire partie
de l’Univers, comme la faune et la flore, et d’être
en communion avec le monde. En ce sens, l’occulte apparaît
comme une science du symbole, chaque élément de l’Univers
étant en correspondance avec les autres. La religion, en chassant
l’occultisme pour installer son pouvoir, a provoqué une dichotomie,
associant l’occulte au mal et perdant ainsi la dimension symbolique
(pour exemple, le serpent, symbole de la Connaissance chez les Anciens,
devint le mal tentateur dans la Bible). Selon le Vatican, consulter un
horoscope ou une Voyante recèle une volonté de puissance
sur le temps, sur 1’Histoire et sur les Hommes. Pourtant, l’occulte
et la religion ne s’excluent pas ; pour preuve, certaines croyances,
telle le vendredi 13, sont issues directement de l’histoire biblique.
La confusion est née de nombre de croyances issues du paganisme
et, de ce fait, sources du mal. Néanmoins, le Christianisme puise
ses sources dans l’ésotérisme. La religion possède
donc bien un caractère ésotérique ; celui-ci correspond
à ce qu’il y a de plus profond, de plus intérieur,
de plus authentique ; destiné à une élite, alors
qu’un enseignement de masse tend à rassembler le plus de
fidèles vers la croyance chrétienne, il privilégie
la logique, le dogme, abandonnant peu à peu les domaines symbolique
et mystique qui en constituèrent l’essence. La réforme
protestante et plus tard le siècle des Lumières, entre autres,
amenèrent la pensée scientifique et rationaliste, finissant
ainsi par éradiquer la pensée magique et le pouvoir de l’occulte.
L’Homme, devenu sceptique, se coupe alors de la nature qu’il
n’envisage plus comme une entité vivante mais comme un monde
d’objets extérieurs à lui, observables, expérimentables.
Ce n’est qu’au XIXème siècle que l’occulte
réapparaît, résurgence de toutes les connaissances
antérieures, d’une part avec le romantisme littéraire
et, d’autre part, fin XIXème, avec l’étude de
l’hypnose et du rêve. Grâce à sa rencontre avec
l’hystérie, Freud postulera l’existence de l’inconscient
et avec celui-ci, les effets du transfert. La découverte de cette
instance psychique ouvrira le champ du mystérieux puisque des désirs
inconscients poussent l’individu à agir à l’insu
de sa raison et de sa volonté consciente... Cela semble paradoxal
mais c’est ce qui est au plus profond de nous qui nous paraît
si étrange ! Actes manqués, lapsus, rêves sont autant
de forces intérieures, de « zones d’ombre » puisque
inconnues de la conscience, qui cherchent à percer par des moyens
implicites et qui ont leur sens... Freud se rapprocha du mysticisme par
la psychanalyse et il affirma l’existence d’une obscure auto-perception
de la sphère extérieure au Moi, c ‘est-à-dire
du Ça.
Une tradition orale
Le progrès scientifique n’est pas venu à bout des
croyances et des grandes interrogations métaphysiques. Les travaux
des médecins n’ont pas éteint l’intérêt
porté aux superstitions mais les ont démystifiés
: des phénomènes tels que la folie, la possession, l’hallucination.
Pourtant, l’occulte fut un objet récurrent de la pensée
freudienne : le maître de la psychanalyse —et chercheur scientifique
— s’intéressa au diable et aux sorcières, comme
il le fit pour les actes manqués, les productions oniriques ou
la transmission de pensée, et ce, malgré le mépris
de la part de la science. Il considérait l’inconscient comme
la partie aveugle qui réside en nous, et la psyché comme
un morceau de terre inconnue. Son étude pour la psyché fut
même suspectée, à l’époque, de mysticisme,
l’hypnose étant alors nimbée de surnaturel... Tandis
que les croyances anciennes attribuaient au rêve une fonction de
message provenant de l’au-delà ou des dieux, Freud écrivait
dans son ouvrage « Psychanalyse et télépathie »
: C’est parce que le superstitieux ne sait rien de la motivation
de ses propres actions accidentelles et parce que cette motivation cherche
à s ‘imposer à sa reconnaissance qu'il est obligé
de la déplacer en la situant dans un monde extérieur. Le
déplacement et la projection qui s’expriment alors comme
moyens de défense, à l’instar de la pensée
magique chez le petit enfant, donneraient l’illusion de maîtriser
ou de contrôler des événements sur lesquels l’Homme
n’aurait aucune prise. À ce propos, quelques grands noms,
comme Balzac ou Voltaire, avançaient, pour l’un, que l’humain
a besoin d’un rituel, d’une espérance pour affronter
le quotidien, pour l’autre, qu’avoir un penchant pour les
croyances est signe de faiblesse. Aujourd’hui
encore est perçu comme fantaisiste celui qui croit à l’invisible,
parce que la croyance induit une représentation dont la vérité
n’est pas garantie, excluant en outre le savoir. La croyance est
auréolée de subjectivité elle est très personnelle
puisqu’elle fait écho à ce qu’il y a de plus
intime elle est miroir de nos craintes, de nos doutes, de notre histoire.
De plus, elle balaye ce qui paraît concevable, logique, raisonnable
aux esprits cartésiens. C’est le sens même de l’ésotérisme
l’adjectif grec ésôterikos, « de l’intérieur,
de l’intimité » et « réservé aux
seuls adeptes », qualifiait l’enseignement professé
au sein de certaines écoles de sagesse de la Grèce Antique.
L’ésotérisme, par extension, se dit de connaissances
qui se transmettent par tradition orale à des adeptes initiés.
La psychanalyse en découle. Parmi les personnes qui s’intéressaient
aux travaux freudiens, Jung fut celui qui poursuivit des recherches approfondies
dans ce domaine, notamment avec la graphologie, l’astrologie, l’alchimie
et même jusque dans la communication entre les vivants et les morts.
Il fut taxé d’obscurantiste mystique à l’esprit
confus... C’était, bien sûr, oublier la connaissance
des Anciens dont la perception du monde était tournée vers
une dimension spirituelle, pleine de mystères incompris de la raison.
Il est à souligner cependant que l’occulte, dans sa forme
la plus négative, revêt l’aspect du pouvoir et de la
dominations du désir volontaire de toute-puissance sur le destin
des Hommes, faisant rejaillir la lutte entre le bien et le mal, condamnant
toute tentative de « s’élever au dessus de »
(= du latin superstitiare).
Loin d’être une forme d’insuffisance du raisonnement,
la croyance des sciences occultes draine avec elle la capacité
de s’émerveiller, de redécouvrir le fantastique, de
retrouver l’envie d’être au centre d’un univers
qui délivre des signes et de se sentir en communion avec lui. Une
croyance n’est jamais dénuée de fondement. Bien au
contraire, elle fait souvent appel au bon sens et n’est exempte
ni de sagesse ni d’humilité. Elle est à l’image
de l’Homme. Il serait ainsi dommage que la civilisation nous fasse
quitter le domaine du rêve, de la magie, de la pensée intuitive,
de l’intériorité, au profit de contingences trop matérielles.
Texte publié dans le numéro
n°28, Juillet-Août 2005, de Psychanalyse Magazine
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